Séverine

Séverine (prénom d’emprunt) était une jeune femme de 40 ans, lourdement handicapée, dont l’esprit était resté très enfantin. Une des rares patientes que l’on appelait par son prénom. Elle parlait peu, souriait parfois, chantait avec nous pendant que nous lui faisions les soins. Elle affectionnait particulièrement Claude François, Pierre Perret, Joe Dassin ou Annie Cordy.  C’étaient des moments joyeux, ces toilettes en musique.

La maladie évoluant, elle a parlé de moins en moins, n’a quasiment plus sourit ni chanté. Nous avons néanmoins continué à lui faire sa toilette en chansons, mais sans savoir vraiment ce qu’elle en pensait. Elle nous semblait de plus en plus triste et angoissée.

Nous avons la chance d’avoir dans l’équipe une collègue aide-soignante et sophrologue. Nous avons réfléchi ensemble à une séance en binôme de sophrologie en musique.

Pendant que Caroline était au chevet de Séverine pour la sophrologie, j’étais un peu en retrait dans la chambre, et jouais des morceaux très doux à la clarinette, afin d’accompagner la parole et contribuer à une atmosphère feutrée et apaisante.

Séverine s’est un peu détendue physiquement, mais son visage est resté totalement inexpressif. Son regard était attentif, elle percevait ce qui se passait, mais nous n’avons pas su ce qu’elle avait éprouvé à ce moment là. Du plaisir, de l’inconfort, de l’ennui, de l’indifférence? Nous ne le saurons jamais.

Ce fut une expérience déconcertante, sur laquelle je me suis beaucoup interrogée.  Je n’impose jamais rien, je propose . J’avoue n’avoir pas eu de réponse franche de la part de Séverine, mais un accord de sa maman, qui pensait que ça pourrait lui faire du bien. Peut-être n’aimait-elle pas le son de la clarinette, peut-être que sophrologie plus clarinette c’était trop, ou qu’elle n’avait tout simplement pas envie à ce moment là, et que nous l’avons plus ennuyée qu’autre chose…

J’ai appris ce jour là que même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas faire du bien aux gens malgré eux. Un musicien joue pour donner du plaisir , mais pour s’en faire aussi, de la même façon qu’un soignant retire toujours un bénéfice du bien qu’il fait aux autres. Sauf que ça ne marche pas à tous les coups, et il arrive que l’on se trompe, que l’on tombe à côté. Notre but est de « faire du bien », il nous paraît évident que notre action va être bénéfique, que la personne qui reçoit va en être heureuse. Forcément!

Et non! restons humbles, sachons nous remettre en question, il y a toujours du positif dans un échec, c’est ce qui fait avancer.

Une réflexion sur “Séverine

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