J’ai débuté le métier en étant aide-soignante. Mon premier poste a été en réanimation polyvalente adultes. Service dans lequel la mort est omniprésente, et contre laquelle on se bat sans relâche.

J’étais jeune diplômée, et n’avais encore jamais été confrontée à un décès. Le premier que j’ai vécu a été difficile pour moi. Un patient assis dans son lit, seul, un masque à haute concentration (c’est à dire, pour donner beaucoup d’oxygène) sur le visage. Je ne savais ni quoi faire ni quoi dire, et j’ai le souvenir d’un homme qui est mort seul, sans chaleur humaine, dans un endroit inhospitalier (tiens, je n’avais jamais remarqué que dans ce mot il y avait hôpital!).

J’ai travaillé 5 ans dans ce service, et j’ai vu la mort prendre bien des visages. Violente, inattendue, injuste, sanglante, insupportable, indigne, mais également, parfois, accompagnée, entourée, préparée, attendue… L’environnement restait malgré cela toujours violent, agressif, ne serait-ce que par les alarmes sonnant sans arrêt, anxiogènes pour des personnes, patients ou familles, découvrant cet univers.

Les patients arrivaient bien souvent déjà intubés, sous assistance respiratoire, et sédatés. (Traduction: avec un tube dans la gorge branché à une machine pour respirer, et placés en coma artificiel pour ne pas souffrir). Nous n’avions pas de communication avec eux, même si nous prenions soin de leur parler et leur expliquer ce qui leur arrivait. En fait, nous nous occupions surtout de leur corps, nous ne les connaissions pas en tant que personne consciente.

En revanche, nous communiquions beaucoup avec les familles. Elle avaient un droit de visite limité et ne pouvaient rentrer dans le box (c’est comme cela qu’on appelle la chambre, pièce équipée de machines de toutes sortes) qu’à tour de rôle, pour un temps très court, après s’être lavé les mains et avoir enfilé une blouse. Elles étaient effrayées, et avaient besoin d’être rassurées, écoutées, entendues, qu’on leur explique, qu’on leur dise, qu’on soit là pour elles.

Notre travail, à nous, aide-soignantes, était bien évidemment de seconder les infirmières, mais aussi et surtout, de prendre soin de ces corps inertes et bardés de tuyaux. Mes collègues actuelles se moquent gentiment de moi, car j’ai un dada, c’est le rasage. J’aime qu’un patient soit bien rasé , et je leur propose souvent de le faire. En réanimation (on dit réa, c’est plus court), faire une toilette complète, couper les ongles, faire un schampoing, raser de près, nettoyer et rafraîchir la bouche, sont des soins importants pour l’hygiène et l’aseptie, dans ce lieu hyper médicalisé. Mais c’est aussi très important pour la dignité du patient, pour l’image que l’on donne de lui à sa famille, et le souvenir qu’elle gardera de cette période, suffisamment traumatisante.

Aujourd’hui, je travaille en Soins Palliatifs. Les choses ont un peu changé, mais à l’époque (il y a plus de 20 ans), la mort n’était pas la même en réa et en Soins Palliatifs : le patient s’en sortait ou pas. Je veux dire par là que lorsqu’un patient décédait, on ne peut pas dire qu’il avait été accompagné dans la douceur et les soins de confort.

 

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