Oublier la maladie

Février 2015

Après mes deux premières expériences, j’ai senti la nécessité de prendre du recul. En effet, ce n’est pas thérapeutique de fonctionner à l’affectif et aux sentiments. Si je veux apporter un « plus » aux patients par le biais de la musique, il faut que cela soit plus réfléchi, avec un tenant et un aboutissant. Pourquoi proposer à ce patient précisément ? quel en est l’objectif?

Un week end, je fais la connaissance d’une patiente que je n’avais pas encore rencontrée, car éloignée géographiquement de mon secteur habituel.

Elle était médecin, et était très anxieuse, car complètement axée sur sa maladie et son évolution. Elle refusait notre aide pour les soins d’hygiène, se débrouillait tant bien que mal pour sa toilette. Nous intervenions pour gérer sa PCA (la pompe à morphine ), et surveiller les symptômes risquant d’apparaître.

A mon arrivée, je remarque immédiatement le piano ouvert avec les partitions sur le pupitre. C’est elle qui joue un peu, lorsque son état le lui permet. Forcément, je lui parle musique . Et vu son état d’anxiété, forcément, je me dis qu’un moment musical pourrait lui apporter un bénéfice. Aussitôt dit, aussitôt fait, je dois revenir le lendemain, elle est d’accord pour la musique, rendez-vous est pris.

J’arrive donc le jour suivant avec ma clarinette. Elle m’attendait avec impatience, et avait invité ses petits-enfants à assister au « concert », prévu dans le salon. Cette préparation me met un peu la pression, je n’avais pas vu les choses comme ça !

Mon répertoire n’étant pas encore très extensible, je joue les morceaux que j’ai joués chez les deux premiers patients. La dame a l’air ravie, ses petis-enfants écoutent sagement, ils ont l’air d’apprécier également. Tout ce petit monde applaudit à la fin, c’est un moment plutôt joyeux.

Je voulais apporter à cette dame un peu de plaisir et de détente, elle a semblé en avoir profité. De plus, c’est un moment qu’elle a pu partager avec ses petits-enfants.

Elle exprime surtout le fait d’avoir oublié la maladie pendant quelques instants, ce qu’elle ne faisait plus depuis longtemps.

Objectif atteint. Et cette fois, sans affect particulier. Les choses se sont faites simplement, la patiente était contente, elle a eu un instant d’évasion, de lâcher prise . Et « juste » ça, c’est déjà beaucoup.

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