Une épée dans l’eau?

Mai 2015

C’était une adulte d’une quarantaine d’années. Mais son cerveau avait été abîmé à de maintes reprises au cours de sa vie, elle était comme une enfant. Une enfant avec un corps d’adulte. Qui ne parlait quasiment pas, ne pouvait pas se tenir debout ni assise mais qui écoutait beaucoup, et regardait.
Elle aimait Anny Cordy, Claude François, Pierre Perret, un peu de Johnny aussi, toute une époque .
Nous lui passions souvent ses cd pendant la toilette, et les bons jours, elle chantait de sa petite voix fluette, nous chantions avec elle. C’étaient des instants joyeux, qui apportaient de la légèreté au moment des soins.

Puis les mauvais jours se sont faits plus nombreux, jusqu’à ce qu’elle ne parle ni ne chante plus du tout.
Elle réagissait moins, elle paraissait angoissée. Et nous, désemparés.

Nous avons  alors eu l’idée de tenter la musicothérapie, dans l’espoir de l’apaiser, la détendre.

Si ma mémoire est bonne, il me semble que j’avais joué de la clarinette après les soins, pendant un temps de massage fait par ma collègue.
J’avais choisi comme souvent, des morceaux doux et apaisants. Je ne me voyais pas jouer Tata Yoyo à la clarinette, je pense que l’effet n’aurait pas été le même que le cd d’Anny Cordy qu’elle aimait beaucoup.
Nous lui avons expliqué ce qui allait se passer. Nous en avions d’abord discuté avec sa mère, qui avait accepté avec enthousiasme cette séance.

J’ai donc commencé à jouer, doucement, en la regardant. Elle me regardait aussi. Elle ne laissait paraître aucune émotion, ni positive, ni négative… c’était assez déstabilisant. D’après ma collègue, elle s’était un peu détendue physiquement.
Je n’ai pas osé jouer trop longtemps, comment savoir si elle appréciait, ou si au contraire cela l’indisposait ?
Elle n’a pas montré de signes d’inconfort, nous avons dû nous contenter de ça.
Je n’ai jamais su ce qu’elle avait ressenti ce jour là.
Je n’attend pas d’applaudissements lorsque je joue, c’est juste que je ne veux surtout pas incommoder les patients en pensant leur faire du bien.
Faire du bien n’est pas une évidence, certains patients ont refusé ma proposition.
En ce qui concerne cette patiente, j’espère ne pas avoir été intrusive. J’avais l’accord de sa mère, qui pensait que cela pouvait lui apporter quelque chose, mais pas son accord à elle.
Je n’aurai pas la réponse, mais cette expérience m’a fait réfléchir pour les prochains patients. Comment procéder avec des malades non communiquant. Affaire à suivre…

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