Petite victoire

Septembre 2016

C’était un patient insuffisant respiratoire par une bronchite chronique obstructive depuis longtemps, qui avait appris 3 mois avant notre arrivée chez lui qu’il développait également un cancer du poumon dont le pronostic était mauvais à court terme.  Il avait le visage fermé, était verrouillé de partout, parlait le moins possible. Il avait arrêté de vivre,  il attendait la mort.

Son épouse faisait ce qu’elle pouvait pour le soutenir, mais bien souvent il l’envoyait balader. Nous sentions que notre passage quotidien lui faisait du bien, nous discutions de choses et d’autres avec elle. C’est ainsi que j’appris qu’elle chantait dans une chorale avant la maladie de son mari et que cela lui manquait.

Dès l’instant où la musique est présente dans un foyer, je me saisis de ce point d’accroche. Si je pouvais arriver à détendre,  ne serait-ce qu’un peu,  ce monsieur enfermé dans son malheur, cela serait une belle victoire.

Il commence par dire qu’il n’est pas mélomane, mais qu’il aime bien la musique, et finit par accepter le moment musical que je lui propose.

Le jour J, il est comme d’habitude installé au fond de son fauteuil. Son épouse est présente, et compte bien profiter elle aussi de ce moment hors les soins.

Lorsque je commence à jouer, il écoute avec attention, son visage s’éclaire, je distingue même l’esquisse d’un sourire. A la fin de la séance, il me remercie, je lis de la gratitude dans ses yeux.

Le lendemain, il s’est ouvert un peu en racontant ce moment à la collègue qui travaillait ce jour là, et en précisant qu’il avait bien apprécié.

Ce patient qui avait décidé que sa vie était terminée, qui n’éprouvait plus de plaisir à rien, s’est  finalement laissé aller à ressentir une émotion positive. Il a laissé entrer la musique dans sa maison, a accepté de l’accueillir. Ce fut court, mais ce petit moment de plaisir a permis de fendiller légèrement sa carapace, d’adoucir sa journée et la suivante, d’ouvrir le dialogue, ce dont a profité également son épouse. Alors oui, ce fut une victoire.

En soins palliatifs, tout moment qui peut procurer de l’émotion et  de la joie aux malades, en leur  rappelant qu’ils sont toujours vivants, est  toujours une petite victoire.

 

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